Versadrill mise sur un nouveau revêtement diamanté

 

L’entreprise Versadrill, spécialisée en foreuses au diamant, a récemment lancé un nouveau produit : l’extracteur à tubes. Cette innovation devrait bientôt lui rapporter jusqu’à un million de dollars supplémentaires en revenu annuel.

L’extracteur à tubes vise à accélérer et faciliter le processus d’extraction des « carottes », c’est-à-dire les échantillons du sous-sol obtenus à l’aide de tubes appelés « carottiers ». Traditionnellement, les travailleurs doivent forcer pour sortir ces tubes de terre, souvent dans des positions physiques difficiles. Un tube de trois mètres rempli de roches pèse environ 34 kilogrammes. Ce processus augmente le risque d’accidents de travail chez les foreurs et leur cause des maux de dos. Ces blessures entraînent souvent des absences prolongées du travail.

L’extracteur à tubes devient alors très utile. Il se compose de rouleaux qui entourent le tube et le remontent mécaniquement. Au départ toutefois, cette innovation s’est butée à un obstacle. « Les tubes deviennent souvent graisseux et huileux, donc très glissants et il faut éviter qu’ils ne retombent dans le trou, sans toutefois les serrer trop fort car cela pourrait les endommager », explique Philippe Laplante, directeur des ventes de Versadrill.

Les revêtements initiaux en caoutchouc ne donnaient pas les résultats escomptés. Versadrill a donc décidé de tenter le coup avec un revêtement diamanté. En effet, la PME de Val-d’Or participe depuis 2016 à un projet de développement d’un tel revêtement, destiné à une autre application. Elle y travaille avec le Centre de métallurgie du Québec (CMQ), un centre collégial de transfert technologique (CCTT) intégré au Cégep de Trois-Rivières ainsi qu’avec Research in Diamond Drilling (RiDD), une entreprise qu’elle a cofondée avec d’autres actionnaires.

Une collaboration cruciale

Le nouveau revêtement se compose d’un mélange de diamants et d’un liant métallique. « Il est projeté à travers un faisceau laser afin de le fusionner à la surface des rouleaux, ce qui produit un recouvrement très rugueux et très résistant, diminuant ainsi les risques de glissement », explique Alexandre Bois-Brochu, chargé de projet en fabrication additive au CMQ.

Le processus de fabrication présentait des défis importants. Par exemple, il fallait éviter la graphitisation des diamants. Lorsqu’il est chauffé à très haute température sur une courte période ou même à une température moins élevée, mais sur une longue période, le diamant devient du graphite et perd sa résistance. Il faut donc trouver les bons ajustements pour fusionner le mélange, sans transformer le diamant en graphite.

Versadrill a investi environ 200 000 dollars jusqu’à maintenant pour élaborer ce revêtement innovant. Philippe Laplante se réjouit de voir ce projet, qui a remporté le prix Innovation – Partenariat technologique au gala de l’ADRIQ en novembre 2018, donner déjà des fruits intéressants. Jusqu’à maintenant, la PME de 25 employés a vendu 32 unités d’extracteurs à tubes, malgré un marché minier au ralenti qui n’incite pas les minières à la dépense. L’innovation a trouvé preneur au Québec, mais aussi en Australie et en Amérique latine. De manière générale, Versadrill vend un peu moins d’un tiers de sa production au Québec, une proportion semblable au Mexique et le reste dans d’autres marchés.

« Depuis ses débuts il y a environ cinq ans, notre collaboration avec le CMQ est devenue cruciale pour nous, souligne Philippe Laplante. Ils ont une belle expertise et beaucoup d’idées pour nous aider à résoudre les problèmes que nous leur soumettons. » M. Laplante espère voir plus d’entrepreneurs québécois faire équipe avec des CCTT à l’avenir. « Ce sont de gros leviers d’innovation », conclut-il.

Lire l’article sur La Presse – Moins de blessures et une productivité accrue