Un dispositif novateur pour protéger l’ouïe des travailleurs

Nick Laperle, fondateur et pdg d’EERS

La firme montréalaise EERS se spécialise dans le développement de dispositifs novateurs de protection de la santé auditive des travailleurs. Elle collabore avec l’École de technologie supérieure (ÉTS) depuis une quinzaine d’années.

La plus récente innovation issue de ce partenariat est le SonX, un appareil connecté qui protège l’ouïe tout en permettant de communiquer, même dans un bruit extrême. « Avec les systèmes classiques composés de bouchons et de coquilles qui recouvrent les oreilles, il faut retirer la protection pour entendre un collègue, souligne Nick Laperle, fondateur et PDG d’EERS. En le faisant régulièrement, les travailleurs risquent d’endommager leur ouïe. »

Un écouteur intelligent

Le système SonX ressemble à une paire d’écouteurs. Un microphone placé à l’extérieur mesure le niveau du bruit ambiant. Un autre microphone, situé à l’intérieur du bouchon d’oreille, capte la transmission de la voix. Un algorithme nettoie et élimine les bruit de fonds, pour ne laisser passer que la voix. Les travailleurs peuvent donc communiquer entre eux sans crier, tout en restant protégés. De plus, le microphone mesure en tout temps le niveau de bruit qui passe dans le bouchon, pour assurer que le travailleur reste bien protégé.

« L’un des plus grands défis technologiques était de nettoyer le signal de voix capté dans l’oreille et à le rendre audible et intelligible, car au départ, le son est très caverneux », explique Jérémie Voix, titulaire de la Chaire de recherche industrielle en technologies intra-auriculaires (CRITIAS) à l’ÉTS et partenaire de longue date d’EERS. Selon lui, c’est l’algorithme développé pour y arriver qui fait le succès du SonX.

Collaboration étroite

Le SonX n’est pas le premier succès issu de la collaboration entre EERS et l’ÉTS. De précédents travaux ont mené au développement d’un logiciel de mesure de la performance des protecteurs auditifs, acheté en 2009 par 3M. La technologie est devenue un nouveau standard américain de mesure de la performance de la protection de l’ouïe en 2018, dans le cadre de la norme ANSI 12.71.

Depuis le début, la collaboration sert à la fois à développer des technologies au bénéfice d’EERS et à former des étudiants de l’ÉTS. Depuis 2010, CRITIAS a formé 40 stagiaires en ingénierie, 19 étudiants à la maîtrise, huit au doctorat et trois cherheurs postdoctoraux. Ces étudiants ont par la suite rejoint de grandes entreprises comme Apple ou Bose. Depuis 2016, EERS fait un effort pour en retenir certains. Déjà, deux diplômés de CRITIAS y travaillent et cinq autres les y rejoindront dans le courant de 2019.

Les deux groupes partagent les mêmes locaux. Il se rencontrent quotidiennement pour échanger et les chercheurs participent aux événements corporatifs. Nick Laperle désigne ce modèle sous le terme « machine verte ». « C’est pour illustrer que les chercheurs et étudiants passent par une turbine bleue d’innovation, le groupe de Jérémie, dont l’objectif est de publier des articles scientifiques et produire des brevets, puis par la turbine jaune d’EERS, dont l’objectif est de commercialiser des produits, image Nick Laperle. Le vert indique le résultat final, des ressources hautement spécialisées capables de contribuer en industrie autant qu’en recherche. »

Ce procédé réduit selon ses calculs le délai de transfert de technologies par plus de 50 %. Un atout majeur pour une entreprise comme EERS, axée sur la commercialisation d’innovations.